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Retrouvez ci-dessous le discours d’Aurélie Filippetti, candidate aux élections européennes, lors de sa visite à Semur en Auxois.
La campagne européenne commence ce soir pour le Parti socialiste. Cette campagne européenne, nous devrons l’aborder à la fois avec gravité, mais aussi avec enthousiasme. Avec gravité, car la situation économique et sociale de notre pays, mais également de tous les pays européens et même au-delà des frontières de l’Europe, est tragique. Chaque mois, en France, il y a désormais 100 000 chômeurs de plus. Depuis un an, le chômage des jeunes augmenté de 70 %. Nous ne savons pas combien de temps cela va durer.
Nous ne savons pas comment nous sortirons de ce tunnel. Nous ne savons pas si les mesures avancées avec véhémence, avec beaucoup de communication, lors du G20 qui a eu lieu à Londres, seront suffisantes ; si même, elles seront appliquées ; si surtout, elles vont permettre à l’ensemble du monde de résoudre la crise économique.
Mais je voudrais qu’on aborde aussi cette campagne avec enthousiasme. Car, après tout, l’Europe, c’est notre sujet à nous socialistes. Nous socialistes, nous sommes internationalistes. Nous sommes pour la solidarité entre les peuples. Nous sommes pour l’union et la fraternité entre les peuples. Nous sommes aussi pour le co-développement. Nous ne sommes pas pour une vision étriquée, refermée sur les frontières nationales, ni même sur les frontières européennes. Nous avons une vision progressiste du développement économique et sociale. Cette conception progressiste du développement de notre société ne peut être qu’internationaliste.
Oui, nous sommes les héritiers des pères fondateurs de l’Europe, de ce ceux qui ont permis, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, que l’Europe, en tout cas à l’intérieur des frontières de l’Union européenne, vivent en paix. Malheureusement, nous avons vécu, avec ce qui s’est passé en ex-Yougoslavie, aux frontières de l’Union européenne, le drame de l’absence d’Europe. Ce conflit dans les Balkans est le symbole d’une carence, d’une faillite, d’une absence de l’Europe.

La situation n’est pas facile, mais nous avons cette formidable chance qu’en étant socialiste, fier d’être socialiste, de défendre les valeurs progressistes auxquelles nous avons toujours crues. Face à la crise économique, jamais l’idéal socialiste n’a été autant d’actualité. La crise économique est en effet d’origine financière, boursière, spéculative. Aux Etats-Unis, le début de la crise a été très simple. Dix millions de foyers américains qui on a dit « vous n’avez pas des salaires suffisamment élevés : on ne va pas augmenter vos salaires, mais on va vous permettre de faire des emprunts pour acheter vos maisons ». Puis ces emprunts ont été contractés auprès de banques, qui les ont revendus à d’autres banques, qui les ont revendus à des fonds de pensions. Tous ces intermédiaires financiers ont jugé qu’il était extrêmement profitable de parier sur ces emprunts, qui prenaient les salariés à la gorge. Quand on me dit la crise vient des Etats-Unis : peut-être. Mais elle vient surtout d’un système financier totalement dérégulé et d’une idéologie ultralibérale qu’on a laissés se développer aux Etats-Unis, en Europe, aujourd’hui en Chine, en Inde et partout dans le monde.
Cette idéologie ultralibérale, nous l’avons toujours combattue, nous les socialistes, nous la gauche. Nous avons toujours été les partisans, les défenseurs d’une régulation de l’économie. Nous avons toujours considéré que laisser le marché seul maître de sa propre régulation, c’était une ineptie, et qu’on oubliait ainsi les salariés, les travailleurs, tous ceux qui sont les véritables créateurs de la richesse économique, dans chacun des pays, d’une chacune des entreprises. Nous avons toujours considéré qu’il fallait réguler l’économie. Il n’est pas juste, pas seulement d’un point de vue moral, mais aussi d’un point de vue social, ni même efficace d’un point de vue économique de laisser les inégalités exploser, comme c’est le cas depuis une dizaine d’années.
Depuis dix ans, en France, les inégalités ont pris exactement la même voie que les inégalités aux Etats-Unis ou dans les pays en voie de développement, que l’on a toujours considéré comme des modèles d’inégalités, comme le Brésil. Nous avons suivi aujourd’hui exactement la même voie, avec une toute petite tranche de la population, celle des très hauts revenus, qui a vu ses revenus augmenter de 50 % ces dix dernières années, alors que pour 90 % de la population, les salariés, les travailleurs, les retraités, les employés, les ouvriers, leurs revenus n’ont pas augmenté autant que l’inflation. En fait, leur pouvoir d’achat stagnait. L’explosion des inégalités, bien sûr que le Parti socialiste, c’est l’une de ses priorités. S’il faut réguler l’économie, la réguler en France ne suffira pas. Il faut la réguler à l’échelle européenne.
Les questions des paradis fiscaux, des rémunérations des patrons de groupes mondialisés, qui eux ont très bien compris, qui ont déjà une vision mondialisé de leur stratégie d’entreprise. Ces questions là ne peuvent être abordées à l’échelle d’un seul pays. Sinon, on sera toujours perdant. On aura toujours un pays avec un impôt sur les sociétés moins fort de le notre, qui aura un impôt sur les hauts revenus moins forts que le notre, qui aura des salaires plus bas. Il faut donc travailler ensemble, il faut travailler à l’échelle d’un continent. L’Union européenne, l’espace économique européenne, c’est 500 millions de personnes. 500 millions de personnes pour dire non à certains grands groupes comme Arcelor Mittal, pour oui à l’indépendance énergétique face à des grands groupes comme le russe Gazprom ou pour s’opposer, comme la fait Catherine Trautmann au Parlement européen, à la stratégie de Microsoft par exemple. 500 millions, c’est toujours mieux que 60 millions.

Et puis, l’Europe c’est aussi une formidable aventure politique. Bien sûr, il y a eu des hauts et des bas dans l’histoire européenne. Aujourd’hui, l’idéal européen n’a pas réellement le vent en poupe ; les gens ont, et on les comprend, le nez rivé sur les difficultés économiques liées à la crise. Ils attendent surtout que le gouvernement, que l’Etat fasse quelque chose pour eux. Mais on sait bien que ce n’est pas le gouvernement de Nicolas Sarkozy et François Fillon qui pourra faire quelque chose pour les salariés, pour les employés, pour les ouvriers, les retraités. On sait très bien que leur politique, c’est une politique de classes, c’est une politique à destination des très hauts revenus. Le bouclier fiscal vise à protéger les gens qui ont 15 millions d’euros de patrimoine et à qui on va faire chaque année un chèque de 300 000 ou 400 000 euros de remboursement d’impôt. Le paquet fiscal, c’est aussi cette mesure calamiteuse sur les heures supplémentaires. Aujourd’hui la France fait du dumping social alors qu’on le reproche à d’autres pays européens. Le dumping social, c’est dire aujourd’hui en France on est le seul pays au monde où faire des heures supplémentaires coutent moins cher à l’entreprise qu’une heure normale. Nous sommes donc face à un gouvernement dont il n’y a rien à attendre malheureusement pour les salariés.
Et pourtant il y a beaucoup à attendre de la régulation économique et de l’Union européenne. Je peux vous parler plus particulièrement de la question industrielle parce que je suis d’une région industrielle, la Lorraine, parce que je suis l’une des deux députés socialistes du site de Gandrange avec Arcelor Mital. J’ai vu, depuis plus d’un an que nous nous battons sur ce dossier, à quel point il fallait une réponse européenne industrielle, face à des stratégies d’entreprise, qui sont des stratégies de classes sociales, de chantage environnemental, de chantage sur les collectivités locales. Depuis un an et demi, à Gandrange, on a tout essayé ; les salariés unis, dans une intersyndicale forte, ont fait appel à un cabinet d’audit extérieur à l’entreprise, pour faire des contre propositions, au moment où Mittal a dit que le site n’était plus assez rentable. Cet audit a rendu un certain nombre de propositions, en insistant sur la formation professionnelle des salariés du site, sur l’importance de la transmission des savoir-faire entre ceux qui partaient à la retraite et les plus jeunes. Toutes ces propositions sont restées lettres mortes. Aujourd’hui, en France, le dialogue social est un vain mot. Le dialogue social, c’est ceux à quoi fait référence le gouvernement pour dire qu’il veut casser des grèves et qu’aujourd’hui, quand il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit. Ce gouvernement refuse d’entendre la voix des salariés.
Nous socialistes, nous devons mettre en avant notre idéal européen, le renforcement du dialogue social, le renforcement de la démocratie sociale, notamment en demandant qu’il y ait des représentants des salariés à la hauteur de 30 % dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Cela permettrait d’éviter les dérives des hautes rémunérations. Cela permettrait aussi de contrôler la stratégie de l’entreprise, d’éviter que certaines prennent prétexte de la crise pour faire des plans sociaux, pour anticiper sur d’éventuels effets de la crise, mais aussi pour dégraisser, comme l’on dit aujourd’hui. Et pour, encore une fois, privilégier une logique d’actionnaires plutôt de que de salariés. Aujourd’hui, c’est la logique de l’actionnariat, la logique de toujours plus de dividendes qui l’emportent systématiquement sur la préservation de l’emploi, sur la préservation des salaires, sur la formation des emplois de demain et sur le recrutement des jeunes. Face à cette crise industrielle très lourde qui frappe notre pays, il n’y a qu’une solution : avoir une véritable politique industrielle européenne. La stratégie des grands groupes est mondialisée.
Mais, néanmoins, même des grands groupes comme Arcelor Mittal ont besoin des acteurs publics. Chaque année, ils viennent frapper à notre porte au moment où il faut renégocier, à Bruxelles par exemple, l’émission des quotas d’émission de CO2. Ils nous disent alors « si vous nous trouvez pas davantage de quotas d’émission de CO2, nous privilégierons les sites de Belgique », puis ils font la même chose avec les Belges, etc. Les régions européennes se trouvent ainsi mise en concurrence, les unes contre les autres, par ces grands groupes. Face à des groupes de ce type, évidemment, il faut une réponse européenne.
Barack Obama l’a bien compris. Quand il est arrivé au pouvoir. Il a dit que les entreprises automobiles américaines ont raté le virage de la voiture propre, elles ont raté le virage des technologies d’avenir, celles qui vont créer de l’emploi en 2010, 2020, 2030. Il a dit que le secteur énergétique américain est trop axé sur l’énergie fossile, celle qui produit beaucoup de CO2. Il a dit alors qu’il allait mettre beaucoup d’argent, des milliards de dollars, pour investir dans les technologies propres. Cela va permettre de relancer l’activité, en investissant, en créant de l’emploi aujourd’hui. Cela va permettre de relancer la recherche et l’innovation, dans les universités et les entreprises. Cela va permettre de préserver notre environnement, de produire moins de CO2. Enfin, cela va permettre de sortir de la crise, tout en étant, demain, les plus compétitifs à l’échelle mondiale dans les secteurs des technologies de pointe et des technologies vertes.
Face à cela, les plans de relance, en France et en Europe, sont très faibles. En France, ce n’est pas 1 % du PIB consacré au plan de relance, alors que tous les économistes préconisaient au moins 3 % pour sortir de cette crise. Et surtout, il n’y a pas eu de véritable plan de relance au point de vue européen. En ce qui concerne l’automobile, chaque pays a pris ses propres mesures pour sauvegarder ses constructeurs nationaux, en donnant beaucoup d’argent aux constructeurs mais en oubliant complètement les sous-traitants. Puis, on leur a donné de l’argent sans leur donner de direction, sans véritable politique industrielle d’orientation pour la recherche et l’innovation verte. Le Parti socialiste demande alors qu’on utilise cette crise pour réorienter notre modèle de production et de consommation, pour réorienter la stratégie de Lisbonne (qui était une stratégie qui visait à faire de l’Europe la zone de pointe en matière de technologie et d’innovation). Utilisons cette crise : levons un vaste emprunt européen pour lancer un plan de relance européen, qu’une ampleur inégalée, qui permette de réorienter nos industries vers les technologies de l’avenir, celles qui préserveront les emplois aujourd’hui et qui prépareront les emplois de demain. C’est ça une véritable politique consciente. C’est ça une véritable politique industrielle que l’on attend à l’échelle industrielle.
Quand on entend les critiques sur l’Europe, on nous dit « l’Europe, c’est loin, on n’en voit pas les effets au quotidien ». On ne sait pas très bien à quoi sert l’Europe dans la vie du citoyen. Il y a un domaine dans lequel l’Europe est particulièrement active, c’est le domaine de l’environnement. Dans ce domaine, la France est en retard sur beaucoup de pays scandinaves, les Allemands, les Belges. Mais dans l’environnement, c’est par l’Europe que l’on a avancé. Par exemple, c’est grâce à l’Europe que l’on a pu répertorier 30 000 substances chimiques, présents dans les produits du quotidien, des substances qui nous environnent en permanence et dont on ne sait pas mesurer la nocivité. C’est grâce à l’Europe que ces produits sont connus et certains interdits. La France ne l’avait pas fait jusque là car elle est notamment trop soumise aux grandes entreprises, en particulier chinoises, qui l’empêchent de prendre des mesures à l’égard de ces produits. Changer l’Europe, c’est aussi mettre ces questions là au cœur des priorités européennes. L’Europe doit être un espace de progrès pour les salariés et les travailleurs.
Changer l’Europe, c’est aussi mettre un terme aux délocalisations à l’intérieur même des frontières européennes. Ces délocalisations, quand elles ont lieu uniquement pour des motifs de rentabilité boursière, sont inacceptables. Ces délocalisations s’expliquent simplement par le fait qu’il n’existe pas d’harmonisation fiscale au sein de l’Union européenne. C’est un combat majeur que doivent mener les socialistes avec l’ensemble de la gauche européenne. C’est un combat difficile car la construction très compliquée de l’Union européenne, avec le Conseil européen (les Etats membres), la Commission européenne, qui est celle de Barroso, imprégnée de l’idéologie ultralibérale et le Parlement européen. Les rapports de force entre ces trois entités ne sont pas, jusqu’à présent, en faveur du Parlement européen. C’est pour ça qu’on dit qu’il n’y a pas suffisamment d’Europe politique. C’est pour ça que nous devons nous battre pour une Europe politique. Une Europe politique, ça veut dire aussi une Europe politisée. Envoyer des députés socialistes au Parlement européen, ça nous permettra de lutter contre le dumping social et le dumping fiscal au sein de l’Union européenne. C’est la un enjeu majeur. C’est cela qui empêchera que les pays se fasse concurrence en baissant l’impôt sur les sociétés. C’est par la repolitisation de la construction européenne que l’on peut faire comprendre aux citoyens à quel point il est important de choisir une majorité qui permette de changer le fonctionnement de l’économie et de la société au sein de l’Union européenne. C’est le sens profond de ce slogan « Changeons l’Europe, changeons la maintenant ! ». Changer l’Europe, ça veut dire changer de majorité au Parlement européen. Nous avons besoin de l’Europe pour sortir de la crise et mettre de la régulation dans ce système économique, pour lutter contre les paradis fiscaux et les délocalisations, pour préparer les emplois de demain dans les technologies d’avenir. Nous avons besoin d’Europe. Nous avons aussi envie d’Europe, d’une Europe politique, une Europe qui nous redonne le goût de traverser les frontières. Retrouver cette envie d’Europe, c’est retrouver cet idéal de paix, de justice, de solidarité et d’internationalisme. Sans l’idéal progressiste et socialiste n’a été autant d’actualité, sans l’ultralibéralisme, le capitalisme, tout ceux que nous avons toujours combattu n’ont été autant décrédibilisés. Nous avons donc une occasion historique de dire que le socialisme va permettre de réguler l’économie et de construire une espace de paix et de solidarité entre nos pays. Nous avons envie d’une Europe des peuples, ouverte et accueillante.










